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September 24, 2014 - No Comments!

Bruxelles – Lisboa

Verschueren

 

Maintenant que, au bout de presque sept ans, je quitte Bruxelles, je peux regarder en arrière et faire un petit bilan. Je suis arrivé ici comme j’arriverai à Lisbonne, à l’aventure, tâtant le terrain pour comprendre la ville et ce qu’elle pouvait m’apporter. En sept ans j’ai travaillé comme graphiste, j’ai fait des expositions, j’ai organisé des concerts, j’ai été art-thérapeute, j’ai arpenté la moindre rue de Saint-Gilles, d’Ixelles ou du centre autant la nuit que le jour, j’ai rencontré des centaines de gens dans cette incroyable et fascinante babel où des ardennais côtoient des irlandais, où mon magasin bio est maghrébino-danois, où je peux manger à Matongé dans un restaurant africain tenu par des turcs, et tomber amoureux d’une française et personne, en tous cas parmi mes amis sur lesquels j’ai eu la chance de tomber, personne s’en offusque, et on oublie très vite qu’on est étrangers: on est, après tout, juste bruxellois.

Et peut être c’est ça le destin, la tragédie et la qualité immense de Bruxelles : un manque d’identité car c’est ainsi que l’histoire l’a décidé, un bazar illisible dû à des dizaines d’années de spéculation immobilière et de complexité administrative, et à la fin on y appartient, on y vit naturellement sans qu’on nous demande plus qu’à apporter notre grain de sel et qu’on fasse des choses pour cette ville, qu’on la fasse exister et, putain, qu’est-ce qu’elle existe déjà, qu’est-ce qu’elle bouillonne avec ses concerts dans les bars à l’abandon, ses projets éphémères, ses artistes de partout, ses fêtes dans des entrepôts, ses brocantes, ses marchés. Et puis Bruxelles est lentement devenue seulement un prolongement du Parvis de Saint-Gilles, lui même un prolongement de mon appartement. Le Verschueren, mon deuxième salon.

Bruxelles va me manquer. Le plus dur sera de quitter les amis qui, avec le temps, sont devenus une deuxième famille – une famille d’accueil. Quiconque qui habite loin de sa famille sait ce que c’est, et comment les amis ont une double fonction, une double importance. Moi je ne me plains pas, j’étais seulement à 2000 kilomètres, une patte de mouche par rapport à certains qui habitent la même ville que moi et qui viennent de l’autre bout du monde. Oui, 2000 kilomètres ce n’est pas grand-chose, et c’est pourquoi mon – notre – départ mardi prochain est seulement un petit ‘au revoir’, à bientôt, à très très vite.