Archives for October 2014

October 31, 2014 - No Comments!

Lisboa

lisboa

 

Lisboa é a capital rica de um país pobre. Pelo menos é essa a sensação que fica após quatro semanas cá. É uma capital onde o metro passa por vezes de dez em dez minutos, mas algumas das estações por onde ele passa são as mais majestosas que já vi, do tamanho de palácios. É uma capital onde existem montes de museus interessantes, alguns de fazer corar de inveja outras capitais de tamanho equivalente e PIB bem mais elevado – mas num país cuja segunda cidade, com a exceção honrosa de Serralves, corresponde a um quasi-deserto museológico (podes tirar o homem do Porto, mas não podes tirar o Porto do homem). É uma capital onde, como em todas as outras, se passa num piscar de olhos do bonito ao feio. A diferença é que tudo aqui parece mais contrastado, e o bonito é-o muitas vezes belíssimo, sublime, absolutamente único e o feio digno de um pesadelo do qual só se quer ir embora muito rapidamente. Experimentem ir até Sintra pelo IC19, por exemplo.

Algumas cidades (o Porto, Bruxelas) escaparam mais ou menos a este urbanismo de subúrbio selvagem e feito à pressa, mas ao passar de carro por Benfica, Buraca, Queluz só consigo pensar numa versão pior das barras de betão parisienses onde os portugueses como nós foram alojados nos anos sessenta. Descampados, alguns campos com vacas e vagos terrenos cultivados, e depois torres de dez andares e auto-estradas, muitas auto-estradas, e parece que tudo o que foi planeado nos últimos quarenta anos em Lisboa o foi a pensar que todo o lisboeta teria carro. E a verdade é que parece que tem.

E ao mesmo tempo vai-se aos bairros históricos, às casas de calcário e azulejos, adivinha-se o Tejo por trás, e à arquitetura português suave extraordinariamente rica em detalhes gráficos, as portas em metal, as dezenas de praças com quiosques e árvores, as ruas encavalitadas umas nas outras, uma loja que, critique-se ou não, deve ser a mais bela que já vi (a da vida portuguesa no Indentente), a óbvia cor e a luz que ainda não vi noutro lado, e Sintra e o Guincho, e isto tudo é uma fonte inesgotável de estímulo visual para um designer gráfico. E um dos lugares mais bonitos do mundo.

October 27, 2014 - No Comments!

Le graphisme en France

J'aimerais bien être un sociologue du graphisme, faire du graphisme comparatif. Ma première thèse tournerait autour de la question: pourquoi est-ce le graphisme (et la culture graphique) si mauvais en France ?

October 3, 2014 - No Comments!

Un corps

Car c’est en écrivant que je sens l’aide secrète du talent. Il s’agit de la même énergie qui anime le coureur quand le vent souffle derrière son dos. C’est pas tangible, et pourtant elle y est, cette aide. Donc il y a une différence.

En écrivant je me retrouve soudainement face au fleuve large. Je suis, comme d’habitude, face au Douro. De tous les cotés il y a la pierre, des surfaces irrégulières, dans lesquelles on passe le doigt qui garde des miettes minérales.

Ce n’est pas que je sois triste parfois, c’est que j’oublie d’écrire et mon corps le signale.

Peut-être que j’avais attendu une prétendue sagesse pour commencer à écrire. Or, cette sagesse n’est jamais arrivée. Plutôt une espèce de désespoir, ou la cruelle lucidité de la peur de la mort. Vous voyez, écrire c’est naturel, et j’aurais eu du mal à le faire en dessinant : les nuances ne sont pas du tout les mêmes, ni la palette, ni la vitesse d’exécution. Et puis : écrire est un pré-carré, un jardin où les fleures sont cueillies au rythme des saisons et l’herbe semble un peu humide mais pas trop, juste assez pour s’y asseoir.

Donc je suis face au Douro. C’est vert et opaque et plus frais que le Tage.

Je suis debout dans une plateforme en béton, et il fait chaud. Il n’y a pas d’ombre. Je marche comme on marche dans un rituel initiatique, droit, d’un pas dépouillé. Les berges sont recouvertes de petits cailloux ronds.

Mon t-shirt brun est déjà trempé, il est devenu presque noir.

Le courant y est très fort : le Douro est étroit et profond, et son débit le plus important de toute la péninsule ibérique. Je marche encore un peu, et je perds pied.

Je me laisse porter.

En fait, c’est très simple d’écrire : il suffit de prendre note de ce qu’on voit dans les berges en descendant le fleuve.

A gauche, une maison peinte en crépis blanc, petit jardin et quelques marches en mauvais état, bricolées de manière à attendre le niveau de l’eau. On devine le chemin d’accès un peu en-dessus, en granit grossier recouvert de feuilles, étroit.

D’autres maisons apparaissent derrière, liées à la première par la double ficelle noire qui nourrit l’hameau en électricité.

A droite, une arcade qui soutient le chemin de fer, et derrière ça monte, des pentes sans chemins, sans troupeaux, avec des amas denses de Genévriers cades qui ponctuent un espace autrement désolé.

Il est dur de respirer en descendant le fleuve. Le courant est fort. J’essaye de diriger mon chemin, mais c’est lui qui me dirige, dictatorial, totalitaire. Il est vivant, autant que la surface des monts autour ; et plus que vivant, il est, il incorpore la vie, qui lui tombe en goutes minuscules assemblées par les rides et les plis de la terre, là où elle n’est pas terrasse ni arbre ni maison.

Le fleuve est donc la collection de millions d’histoires et parcours minuscules.

Comme un mammifère marin, on y plonge pour trouver nos choses, sinon pour chasser. Si l’eau est opaque on tâte, on rajoute du hasard, on essaye avec le peu d’outils qui nous est donné, et après une demi-heure, une heure, jour, semaine, on remonte à la surface pour respirer et regarder autour où nous nous trouvons. Parfois très loin du point de départ, parfois on fait des boucles et on se trouve presque au même endroit. Et au bout de quelques immersions le constat est évident : la descente vers l’estuaire, là où l’eau s’apaise et le lit s’élargit, est inexorable et, avec nous, seuls restent quelques objets et la mémoire.

Ecrire est une manière de coller tout le reste à notre corps, d’empêcher de délaisser derrière nous les choses de la vie qui, autrement, resteraient là, à flotter,     seules.

Ecrire car je ne sais rien faire de mes mains, sauf de s’en servir comme récipient de la pensée, et verser la pensée dans le papier.

Ecrire car je n’ai pas le choix : je vais mourir un jour mais, à la différence de ceux que je connais, je navigue déjà les eaux de mon Styx intime.

Le grand défi qui m’attend est de nager à contre-courant et atteindre l’endroit là où le Styx est encore Douro, vie, force, nature, et m’y perdre assez longtemps pour charger mon dos des objets qu’on garde jusqu’à la vieillesse : les enfants, le jardin, l’arbre.