November 28, 2014 - No Comments!

Quatro livros

Em dois meses passados em Lisboa comprei quatro livros. Acho que não me arrependerei da compra de nenhum deles.

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Devorei o "Ouro e Cinza" do Paulo Varela Gomes. Portugal é um país de cronistas, e muitos de nós aprenderam a ler graças às colunas do Público ou do Expresso. Pedro Mexia, Eduardo Prado Coelho, Miguel Esteves Cardoso, Manuel António Pina et caetera. Talvez me engane, mas nunca vi tanto espaço, ou tão nobre, dedicado à arte de ter uma opinião noutros jornais que consulto. No Libération estão condenados lá para o fim, todos juntos, nas páginas mais feias do quotidiano francês. No Le Monde nunca retive nenhum nome de cronista. Mas aqui em Portugal gostamos dessa fórmula do pequeno texto que fale de nada e de tudo e que salta de tema em tema com um olhar um pouco afastado, porventura semelhante ao homem da rua que tem ali um porta-voz.

November 21, 2014 - No Comments!

A praga da palavra ‘gourmet’ em Portugal.

 

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Uma das coisas de que mais gostava em Bruxelas, um dos meus maiores prazeres, era ir ao mercado ao Sábado ou ao Domingo de manhã.

Devido aos muitos anos de especulação imobiliária e de destruição massiva do património que já não interessava economicamente, não restam muitos mercados cobertos em Bruxelas – definitivamente uma cidade que não gosta dela própria.

A zona onde morei durante os últimos quatro anos – assim uma mistura de Anjos e Mouraria, ou seja, artistas precários, famílias de classe média, imigrantes, malta da boémia, tudo bastante à esquerda – possuía o mercado mais antigo da cidade. Tinha lugar todas as manhãs, e à quinta-feira havia uma versão maior, alargada àquilo que em Portugal se conviria a chamar ‘gourmet’ – mas com a vantagem de ninguém lhe chamar assim (mas de qualquer modo nunca ia lá à quinta). Um tipo saía de casa relativamente de manhã, lá para as onze, e fazia-se a ronda dos comerciantes. Haviam sempre dois ou três italianos que tanto vendiam produtos de base – umas massas especiais, queijos – como produtos mais sofisticados. Comprava uns arancini, um fiambre com rosmaninho de chorar por mais, e depois passava noutro vendedor com uma escolha pletórica de queijo e charcutaria, de Espanha, de França, de Itália, e saía de lá com umas fatias de pancetta, com um comté, com um morbier. Depois passava pela tenda biológica, um pâté caseiro e tal, e um saltinho à mercearia portuguesa com a vitrine cheia de erros, para ir comprar pão, mais chá e uns legumes na loja do casal dinamarquês-marroquino onde havia produtos dos dois países, e ia feliz para casa para preparar o brunch, ritual semanal com restantes membros da quasi-família com quem morava.

Aqui em Lisboa a malta parece alérgica aos vocábulos “brunch”, “rúcula” e quejandos, e eu percebo: é porque vêm associados a outros termos, estes insuportáveis: “gourmet”, “urbano”, “de bairro”. Mas, na verdade, não há nada de mal em comer rúcula - que mais não é que uma erva daninha – ou produtos de boa qualidade, ou legumes que chegam um pouco mais tarde a Portugal devido à nossa eterna condição periférica. Em Bruxelas, para além dos produtos trazidos pelas comunidades imigrantes, viam-se de novo legumes e frutos que tinham sido esquecidos, postos certamente à margem pela estandardização forçada pela grande distribuição. Em Portugal parece-me que é ainda é complicado sair da lógica do hipermercado, e que os grandes grupos têm quase um monopólio sobre aquilo que se come.

Mas o que é insuportável em Lisboa, onde os mercados são paulatinamente substituídos por lojas ‘gourmet’, é que esses novos produtos não parecem ter sido trazidos por imigrantes ou pessoas interessadas em comer melhor, mas pelas tias dos bairros abastados que foram uma e outra vez passar o fim-de-semana a Londres e que acharam “giríssimo” o “conceito” de mercado, aquela gente toda e não-sei-quê, e se fizéssemos o mesmo em Lisboa? É a mesmo tipo de tia que vi na LX Factory a vender artesanato (mais uma vez) giríssimo e cheio de cores, e que se apropriou estranhamente de lugares onde existe outro tipo de população - como os mercados. Uma espécie de gentrificação à portuguesa. E assim, comer rúcula em Lisboa tornou-se terrivelmente snob.

Aquilo que gostava em Saint-Gilles era de fazer a volta ao mundo em meia-dúzia de metros, e maravilhar-me diante de cousas deliciosas – sem que alguém se tivesse lembrado de lhe pôr o nome ‘gourmet’.

 

 

 

November 20, 2014 - No Comments!

Hokusai, Paris.

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Je n’ai jamais spécialement aimé Paris. Bon, voilà ce qui est dit.

Pendant très longtemps je me sentais coupable de le penser, alors j’inventais des schémas mentaux qui tournaient invariablement autour d’un ‘oui, mais…’ peu convaincant : ‘oui, Paris est stressante et les gens insupportablement discourtois, mais il y a quantité de monuments et musées’.

La première fois que je suis arrivé à Paris, il y a une douzaine d’années, dans ma plus profonde ignorance j’attendais, comme tous les japonais qui caressent l’image édulcorée de la ville, les couleurs des films de Jean-Pierre Jeunet et toutes les autres cartes postales prémonitoires d’Instagram. Evidemment, le deuxième jour je monte l’escalier qui mène au Sacré-Cœur, en tant que touriste néophyte, et là, en regardant vers le sud les grands boulevards haussmanniens, le choc : j’ai réalisé que Paris est une masse très, très compacte de toits gris-foncé et pierre de taille gris-clair, et tout était soit massif soit gris soit les deux. Et le plus je connaissais cette ville (où j’ai dû aller vingt ou trente fois, je ne sais plus) le plus je constatais cette presque absolue manque de couleur dans l’espace publique – un décor théâtrale à une échelle démesurée habité par une population ressemblant à des mormons dépressifs, malpolie et triste.

Je me suis rendu compte avec le temps d’une autre chose : ce qui me plaît dans les villes c’est justement ce que Paris ne possède pas, ou plus : le désordre, la surprise, les endroits où la nature menace envahir ce qui aurait pu paraître durable autrefois, enfin, le temps qui passe et les ruines qui restent, la base sous-marine de Lorient et les masses granitiques de Porto recouvertes de mousse – en bon français, les vieilles pierres. Mais à Paris les pierres ne semblent jamais vieilles dans cette maîtrise rationnelle des éléments, des blocs taillés jusqu’à la perfection qui se répètent et répètent et répètent à chaque boulevard, sans étonnement, sans individualité, sans émoi, comme la maîtrise de la nature à la manière des jardins à la française, où un arbre perd son sens premier, sa valeur d’arbre, pour devenir un outil, un élément réduit à sa dimension décorative.

Du coup il y a un énorme contraste entre ces bâtiments monumentaux et écrasants, entourés d’arbres d’agrément, et le corps minuscule, inconfortable, trop fragile et trop organique pour faire face à des monstres de pierre de taille et fer forgé. Des millions de francs et d’euros sont dépensés pour les ériger et les entretenir, mais on reste toujours sous la pluie et la boue pendant une heure en attendant de rentrer dans le plus grandiloquent parmi eux, le Grand Palais, pour aller voir une exposition de Hokusai dans ce temple du savoir.

Et, comme toujours à Paris, on oublie vite la pluie et le froid en arrivant dans une exposition fabuleuse qui nous marquera pour toujours.

Je soupçonnais déjà Hokusai d’être un génie.

L’exposition respectait un ordre chronologique, et ce choix n’a jamais fait autant de sens. Toute sa vie a été une quête, une mission pour comprendre la nature à travers sa représentation. Certes, ça semble générique, ou essentialiste, mais l’essence de la nature se trouve dans l’accumulation de dessins de l’écume des vagues, des étoffes des kimonos, des amas de feuilles d’arbres, des visages de femmes et des belles choses, ou des choses qui deviennent belles sur sa feuille. Ce qui est important est que, dans les aplats et motifs extraordinaires, recouverts d’un trait de contour précis et délicat, réel et décoration se mêlent, s’immiscent, et nous ne savons plus lequel est lequel. Ce qui est important, également, est que Hokusai, qui s’est nommé lui-même ‘fou de peinture’, est arrivé à 1820 avec soixante ans (la période Iitsu) en comprenant un peu mieux le monde (et nous aussi, du coup) : assez, en tous cas, pour produire les merveilleuses impressions du monde flottant appelées ‘Trente-six vues du mont Fuji’ et les ‘Cascades’, où le bleu de Prusse se manifeste à chaque horizon, chaque goutte de pluie, chaque surface d’eau. C’est l’avant-dernière salle de l’exposition, avant d’accéder à son émouvante et célèbre déclaration: Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner les formes des objets. Vers l’âge de cinquante, j’ai publié une infinité de dessins ; mais je suis mécontent de tout ce que j’ai produit avant l’âge de soixante-dix ans. C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la forme et la nature vraie des oiseaux, des poissons, des plantes, etc. Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait beaucoup de progrès, j’arriverai au fond des choses ; à cent, je serai décidément parvenu à un état supérieur, indéfinissable, et à l’âge de cent dix, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens parole. Ecrit, à l’âge de soixante-quinze ans, par moi, autrefois Hokusai, aujourd’hui Gakyo Rojin, le vieillard fou de dessin.

Hokusai est mort à 89 ans, et à cette âge-là il avait déjà réussi à tirer un peu le rideau et à accéder à que qui se cache derrière.

Je n’ai pas été la voir, mais en même temps il avait une exposition ‘Duchamp’ à Beaubourg. Et c’est intéressant de concevoir un parallèle entre l’héritage laissé par les deux. Duchamp a évidemment influencé durablement le champ de l’art après lui ; et Hokusai a influencé une autre chose, ce qu’on appelle aujourd’hui l’illustration : les images construites avec un savoir-faire artisanal, une croyance dans les éléments du dessin, plus puissants que tout discours construit autour de lui.

Puis on sort du Grand Palais et on se sent terriblement injustes avec cette ville. On se rend compte de la quantité inimaginable de trésors exhibés, de choses belles et sophistiquées qu’y existent. Le soin porté à la plus minuscule portion de la vie, qui nous fait tous – ceux qui n’y habitent pas - passer par des barbares. L’amour très sincère de la culture, au sens large comme au sens strict.

Et de l’effort demandé à chacun pour habiter une ville très, très dense, où à la fois on survit et on s’habille très chic, où on essaye d’avoir une vie de quartier et on est poussé par des hordes de touristes, où chacun doit s’organiser terriblement pour avoir une vie en dehors du travail – mais où les amis ont presque toujours du temps pour me voir.

October 31, 2014 - No Comments!

Lisboa

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Lisboa é a capital rica de um país pobre. Pelo menos é essa a sensação que fica após quatro semanas cá. É uma capital onde o metro passa por vezes de dez em dez minutos, mas algumas das estações por onde ele passa são as mais majestosas que já vi, do tamanho de palácios. É uma capital onde existem montes de museus interessantes, alguns de fazer corar de inveja outras capitais de tamanho equivalente e PIB bem mais elevado – mas num país cuja segunda cidade, com a exceção honrosa de Serralves, corresponde a um quasi-deserto museológico (podes tirar o homem do Porto, mas não podes tirar o Porto do homem). É uma capital onde, como em todas as outras, se passa num piscar de olhos do bonito ao feio. A diferença é que tudo aqui parece mais contrastado, e o bonito é-o muitas vezes belíssimo, sublime, absolutamente único e o feio digno de um pesadelo do qual só se quer ir embora muito rapidamente. Experimentem ir até Sintra pelo IC19, por exemplo.

Algumas cidades (o Porto, Bruxelas) escaparam mais ou menos a este urbanismo de subúrbio selvagem e feito à pressa, mas ao passar de carro por Benfica, Buraca, Queluz só consigo pensar numa versão pior das barras de betão parisienses onde os portugueses como nós foram alojados nos anos sessenta. Descampados, alguns campos com vacas e vagos terrenos cultivados, e depois torres de dez andares e auto-estradas, muitas auto-estradas, e parece que tudo o que foi planeado nos últimos quarenta anos em Lisboa o foi a pensar que todo o lisboeta teria carro. E a verdade é que parece que tem.

E ao mesmo tempo vai-se aos bairros históricos, às casas de calcário e azulejos, adivinha-se o Tejo por trás, e à arquitetura português suave extraordinariamente rica em detalhes gráficos, as portas em metal, as dezenas de praças com quiosques e árvores, as ruas encavalitadas umas nas outras, uma loja que, critique-se ou não, deve ser a mais bela que já vi (a da vida portuguesa no Indentente), a óbvia cor e a luz que ainda não vi noutro lado, e Sintra e o Guincho, e isto tudo é uma fonte inesgotável de estímulo visual para um designer gráfico. E um dos lugares mais bonitos do mundo.

October 27, 2014 - No Comments!

Le graphisme en France

J'aimerais bien être un sociologue du graphisme, faire du graphisme comparatif. Ma première thèse tournerait autour de la question: pourquoi est-ce le graphisme (et la culture graphique) si mauvais en France ?

September 24, 2014 - No Comments!

Bruxelles – Lisboa

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Maintenant que, au bout de presque sept ans, je quitte Bruxelles, je peux regarder en arrière et faire un petit bilan. Je suis arrivé ici comme j’arriverai à Lisbonne, à l’aventure, tâtant le terrain pour comprendre la ville et ce qu’elle pouvait m’apporter. En sept ans j’ai travaillé comme graphiste, j’ai fait des expositions, j’ai organisé des concerts, j’ai été art-thérapeute, j’ai arpenté la moindre rue de Saint-Gilles, d’Ixelles ou du centre autant la nuit que le jour, j’ai rencontré des centaines de gens dans cette incroyable et fascinante babel où des ardennais côtoient des irlandais, où mon magasin bio est maghrébino-danois, où je peux manger à Matongé dans un restaurant africain tenu par des turcs, et tomber amoureux d’une française et personne, en tous cas parmi mes amis sur lesquels j’ai eu la chance de tomber, personne s’en offusque, et on oublie très vite qu’on est étrangers: on est, après tout, juste bruxellois.

Et peut être c’est ça le destin, la tragédie et la qualité immense de Bruxelles : un manque d’identité car c’est ainsi que l’histoire l’a décidé, un bazar illisible dû à des dizaines d’années de spéculation immobilière et de complexité administrative, et à la fin on y appartient, on y vit naturellement sans qu’on nous demande plus qu’à apporter notre grain de sel et qu’on fasse des choses pour cette ville, qu’on la fasse exister et, putain, qu’est-ce qu’elle existe déjà, qu’est-ce qu’elle bouillonne avec ses concerts dans les bars à l’abandon, ses projets éphémères, ses artistes de partout, ses fêtes dans des entrepôts, ses brocantes, ses marchés. Et puis Bruxelles est lentement devenue seulement un prolongement du Parvis de Saint-Gilles, lui même un prolongement de mon appartement. Le Verschueren, mon deuxième salon.

Bruxelles va me manquer. Le plus dur sera de quitter les amis qui, avec le temps, sont devenus une deuxième famille – une famille d’accueil. Quiconque qui habite loin de sa famille sait ce que c’est, et comment les amis ont une double fonction, une double importance. Moi je ne me plains pas, j’étais seulement à 2000 kilomètres, une patte de mouche par rapport à certains qui habitent la même ville que moi et qui viennent de l’autre bout du monde. Oui, 2000 kilomètres ce n’est pas grand-chose, et c’est pourquoi mon – notre – départ mardi prochain est seulement un petit ‘au revoir’, à bientôt, à très très vite.

June 28, 2014 - No Comments!

Locus Amoenus (VII)

Howard Carter

Je connais maintenant la sensation de Howard Carter et Lord Carvanon quand ils sont arrivés à l’épais mur en pierre blanche du Nil, au bout de l’escalier qui signait l’endroit de la plus petite tombe de la vallée des rois. Elle est intacte ; de l’autre côté, reposaient des trésors.

Oui, je touche, moi aussi, l’épais mur qui nous sépare de l’antichambre du royaume. Ça y est : les fouilles ont finalement donné quelque chose. Tiens, je fais un trou. Vite, quelqu’un me passe une lampe. Je l’allume et je regarde ce qu’elle montre.

For the moment - an eternity it must have seemed to the others standing by - I was dumb with amazement, and when Lord Carnarvon, unable to stand the suspense any longer, inquired anxiously, ‘Can you see anything?’ it was all I could do to get out the words, «Yes, wonderful things.»’

Des trésors inattendus. Attendus. Inattendus. Attendus.

June 26, 2014 - No Comments!

Locus amoenus (VI)

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Il me faut une fenêtre. Il me faut une fenêtre en pierre taillée par un artisan mort il y a longtemps. Il me faut une fenêtre en pierre taillée par un artisan mort il y a longtemps. Il me faut le contour irrégulier des toits et leur rythme saccadé, des tuiles, des cheminées, puits de lumière en forme de dôme, des chats maigres. Il me faut, derrière ces toits, les paillettes du fleuve verdâtre, la lumière, la lumière, la lumière.

Puis un commencement. Une cave. Imaginons la Ribeira, la Sé : combien de cadavres, combien d’hommes, femmes, enfants, bêtes et arbres sont passés par là ? En chaque interstice des blocs de granit combien de mains, d’outils, de sueur, de jeux d’enfants ? T’es partout, Aniki-Bóbó ?

Porto est le photogramme du film de Manoel de Oliveira : le train diaphane sur le pont famélique, les rives sauvages pour toujours, quelques maisons peut-être abandonnées, qui sait, mais si habitées, chaque centimètre de mur ruiné, chaque branche d’arbre déposé devant le seuil de la porte peinte en bleu ou vert et décorée d’un battant en métal qui évoque une patte de félin, la rouille des grillages, le magma d’eau verte, infinie, les mauvaises herbes en toute fente et fissure ; en face, en filigrane, il y a les restes du ramal de Alfândega, une ligne accessoire de train qui partait de la gare principale de Porto, Campanha, en se cachant sous le plateau du pont de Eiffel et qui, à l’aide de quelques tunnels, arrivait à la masse de Alfândega, quatre kilomètres plus loin. Le tunnel principal est fermé depuis longtemps, et aujourd’hui le souvenir de son existence s’évapore lentement, partagé seulement par un groupe d’initiés qui partage le secret sans vraiment le cacher. Les parties accessibles ont été envahies depuis longtemps par une couche épaisse de végétation. En pleine ville. Est-ce que les gens savent encore que signifie cette étroite terrasse qui descend en pente douce vers la pena ventosa, puis la pénètre mystérieusement ?

En arrivant au bout du tunnel, la lumière se devine par les fentes du mur qui le protège de l’extérieur.

A Alfândega nous sommes au raz de l’eau. Il ne nous reste qu’à monter par Miragaia, l’ancien quartier des pêcheurs, des juifs et des arméniens.

Les maisons de Miragaia semblent encore plus fragiles que toutes les autres. Des arcades en pierre tiennent des bâtiments de trois étages assemblés les uns contre les autres. Parfois elles sont étroites, faites de colombages, et elles semblent elles-mêmes étonnées d’avoir vécu jusqu’à maintenant.

Les premières rangées de maisons ont été construites au-dessous du niveau du fleuve. La route, épaisse muraille minérale, protège et sépare. Autrefois l’eau escaladait sournoisement la route en période de débordement, et envahissait les rez-de-chaussée de Miragaia, particulièrement exposés, mais parfois aussi toutes les maisons qui longent la rive. En 1909 le niveau des eaux est tellement élevé qu’il arrive à 80 centimètres du pont Luiz I. On prépare alors des explosifs pour le détruire, si nécessaire. Partout on dirait que les maisons commencent directement au premier étage, le reste a entièrement disparu sous les eaux.

Peut-être que ces aller-retour de l’eau ont usé les maisons et leur ont enlevé la chair. Peut-être que la seule chose qui est resté est le squelette de pierre. Voici ce que nous y voyons aujourd’hui.

June 13, 2014 - No Comments!

Locus amoenus (IV)

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Bruxelles-Porto.

Je dessine des cadres, je conçois des statistiques, j’applique des formules, j’objective
le monde. Mais Porto est difficilement objectivable. Le premier problème est que
Porto est une dissémination du bâti. Vu d’en haut on aurait dit un morceau fragile
de tuiles et de granit jeté de Trás-Os-Montes éclaté en mille fragments en choquant
contre la mer, et qui serai resté dispersé jusqu’au jour où je vous écris.

L’échelle est différente de Bruxelles ; incommensurable. L’avion s’approche et
avec lui l’auguste relief de la côte verte et grise. Nous arrivons du nord-est. A
7droite s’ouvre l’océan, extraordinaire, filtré par les verres fatigués des fenêtres
minuscules, et rien qu’à sa vue tout semble plus grand, plus vrai, plus proche de
la vie. Quelques minutes plus tard l’appareil fait un tournant vers la droite - et
Porto fait son apparition à travers une séquence dramatique qui mène toujours à la
même catharsis théâtrale de cette foule pauvre, à un incendie de soupirs en voyant
pour la première fois le Douro, la rencontre avec l’Océan, l’écume microscopique
et pourtant longue de cent kilomètres. Ah, s’ils savaient combien cette ville a été
démantelée au long des siècles, combien les promesses de la capitale ont tenu ses
gens en attente, pleins de foi dans un lendemain qui, comme l’embouchure de leur
fleuve adoré, aurait pu s’ouvrir de prouesses jusqu’à l’infini !

L’avion s’arrête pour que nous sortions. Le ciel possède ce bleu saturé, homogène
et pur qui a nourri, par chance et privilège, la plupart de mes journées portugaises.
Mon père vient me chercher et je recommence, six mois plus tard, à parler en
portugais et à sentir le sourd clappement de ma langue dans le palais ; la langue
résonne, elle va et vient au plus profond des cavités du crâne, des sinus, du voile du
palais, de la trompe d’Eustache et finalement du cœur.

Il faut toujours passer par le port. Le viaduc passe quelques mètres au-dessus de
l’eau et je décèle les grands bateaux au loin, et les containers rouges et blancs
répandus partout où il reste de la place, les squelettes des quelques grues, et puis le
port s’arrête et Porto commence.

Parfois je demande à mon père de prendre quelques minutes pour aller voir la mer.
Nous nous arrêtons d’abord pour boire le café concentré, serré, amer. Une seule
pièce pour payer les deux cafés et le gâteau avalé en trois bouchées. On trouve
toujours le gigantesque écran plat fièrement accroché au mur, même dans le plus
minable de ces cafés qui peuplent, du nord au sud, tout bourg portugais. Beaucoup
de ces lieux se ressemblent. Le sol est presque toujours propre et stérile et froid et
brillant sous les lumières écrasantes qui ne laissent jamais de zone d’ombre dans
le carrelage, imitation bon marché de granit poli. Les chaises sont en agglomérat
avec une fine couche boisée et des pieds métalliques, comme si une usine colossale
cachée quelque part dans la montagne se serait un jour occupée de fabriquer
le modèle de chaise le plus générique possible pour, hélas, le vendre à tous les
estaminets du pays. Les tables sont carrées, sévères, et distribuées selon un plan
8précis. Derrière une vitrine oblique et au bord supérieur arrondi se trouve un choix
de pâtisseries et gâteaux, pour la majorité sucrés, qui est parfois pléthorique et
d’autres fois pitoyable. La machine à café est toujours italienne et presque toujours
La Cimbali, elle fonctionne si souvent qu’elle constitue un bruit de fond inhérent,
le seul quand le son de la télévision haute définition est coupé. La musique est une
notion rare. Sur le comptoir, à côté de quelques tasses vides, reposent les journaux
du jour : le journal local et le journal sportif préféré du propriétaire du café.
Quelquefois un coin est réservé pour la vente de chewing gum et des cigarettes,
parmi lesquelles les Ventil grises sans filtre dont sont friands les ouvriers du
bâtiment qui en avalent la fumée bleuâtre au comptoir pendant que la bière est bue
en vitesse.

Nous reprenons la voiture. La mer est toute près, je le sais car je respire mieux.
En voiture tout semble proche, de toute manière. Je l’avais oublié, à Bruxelles
je ne conduis jamais. Tout semble concentré en une succession d’arrêts presque
contigus : ça va très vite. Devant la plage, où nous nous trouvons désormais, une
partie des villas de début de siècle ont survécu, mais pas toutes. Par endroits elles
ont été décimées pour donner place au béton stupide et aveugle qui peuple tant de
lieux de villégiature côtiers en péninsule ibérique.

Un sentier a été aménagé sur le sable, caché de l’avenue côtière par un mur de
quelques mètres de haut auquel viennent s’accrocher quelques structures en verre
appartenant à des cafés où je ne vais jamais. Plus loin le sentier bifurque en deux.
Pour continuer il faut grimper quelques marches. L’autre chemin s’enfonce dans un
angle qui s’ouvre sur une terrasse faite de grands blocs de granit et quelques tables
métalliques. Par un quelconque miracle de la physique, le vent y disparaît et nous
laisse donc face-à-face avec l’océan dans une espèce de vitrine invisible, comme si
une pellicule cinématographique était projetée autour de nous, une pellicule plus
riche et plus réelle que la plus sophistiquée des technologies jamais utilisées au
cinéma. Réel et véridique, cet océan. Il me lave les yeux, cet océan. Il me décrasse et
dégraisse et purifie, cet océan.

Visiter ce café où je renoue avec l’océan est devenu, avec le temps, une partie du
rituel d’arrivée à Porto. Je prends un verre de lait chocolaté et j’appelle ma mère
pour la rassurer et pour lui dire que je suis là, disponible et prêt à entendre sa
9litanie.

L’été nous y restons plus longtemps, le temps pour enlever peu à peu les couches de
vêtements qui empêchent ma peau d’être en contact avec le soleil impérial. J’aurai
déjà déposé le manteau bruxellois dans la voiture, et tout semble plus léger. Ensuite
le chocolat arrive, ou à sa place un deuxième café posé sur la surface métallique
brûlante, accompagné par un verre d’eau tiède piètre humidificateur - et chaque
gorgée signifie un réchauffement progressif de mon corps : le dégel. J’enlève la
chemise et je regarde deux bras fins et légèrement pâles, pas excessivement, deux
bras qui cachent le fait d’avoir été habitués à un emprisonnement systématique et
qui reçoivent le bain de grains de soleil qui se déposent sur les rides, les plis et les
stries.

Sur la terrasse il n’y a que des portugais. Ils sont déjà bronzés et portent des
chemises avec des carrés rouges ou bleus avec, dans le col, les inévitables lunettes
de soleil, des jeans de couleurs pastel à la coupe classique et des chaussures bateau
en cuir foncé. Quand la température descend cette formule est complétée par un
pull de grande marque et de finition soignée qui est délicatement posé sur les
épaules heureuses de son propriétaire. Vu de loin ils se ressemblent tous dans
cette frange homogène de la population, la classe récemment aisée d’un pays
qui se rappelle encore, même s’il ne l’admet pas toujours, de son entrée dans la
cour des grands. Ce sont les nouveaux riches du journal et de la voiture sportifs,
de la promenade sur le trottoir large qui donne sur les dunes. Ils sont heureux :
la dentition blanche se détache de la peau brune comme la mousse, l’écume se
détachent de ces deux corps homogènes et liquides qui, à leur propre échelle,
signifient le bonheur de notre portugais de la classe moyenne.

June 10, 2014 - No Comments!

Locus amoenus (III)

Au bout de la rue Haute il se trouve un café avec une petite terrasse. A gauche on voit l’un des versants de l’Eglise de la Chapelle, là où a été enterré Pieter Bruegel le vieux, le plus grand peintre que Bruxelles ait jamais connu. A côté, puisqu’on est en Décembre, il se trouve un arbre de noël, du type dont seulement les belges ont le secret. Il s’agit d’une pyramide de bouteilles en plastique empilées, d’environ un litre chacune, vides, à laquelle vient s’ajouter une structure d’aluminium blanc cassé habillé par une constellation de minuscules lumières violettes. Le résultat est consternant, j’ai presque envie de cacher mon visage pour ne pas avoir à participer à la démonstration de honte collective que les gens éprouvent en passant par là. Bon, les gens qui ont encore un peu d’exigence. Plus à droite, un immense bâtiment de bureaux du même style que tous les autres qui ont été bâtis dans les années soixante. A sa place, Victor Horta avait construit, au tout début du mouvement de l’Art Nouveau, un chef d’œuvre appelé la Maison du Peuple, lieu de rencontre de la mouvance socialiste. Pendant la folie destructrice de la Bruxellisation des années 50 et 60, le bâtiment avait été « démonté » pour être soi-disant construit ailleurs et donner place à ce qui existe aujourd’hui. Bien sûr, ça n’a jamais été fait. Les débris de la Maison du Peuple ont été mis dans un terrain vague et la plupart des éléments a été volé ou perdu à jamais. Une petite partie des magnifiques éléments en fer forgé d’inspiration végétale a pu être récupéré et intégrer maladroitement la station de métro ‘Horta’ ; un hommage insultant qui rappelle celui du quartier du midi, où une minuscule place entourée des pires crimes urbanistiques de la capitale européenne a été baptisée avec le nom de Marcel Broothaers, funeste idée, sali pour toujours dans ce petit coin de laideur.