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December 7, 2010 - No Comments!

Caribou et Beach House à l’Ancienne Belgique, Bruxelles

Caribou et Beach House (avec Junip, dans le cadre du festival Autumn Falls)

Au vingt-septième jour de l’hostile mois de Novembre, deux des plus attendus concerts de l’année eurent lieu. Le premier fut dionysiaque, le deuxième apollinien.

Le premier fut celui de Dan Snaith, anciennement Manitoba, actuellement Caribou, aidé par trois musiciens dans la tâche de transformer l’Ancienne Belgique en territoire de célébration, avec une musique faussement électronique, car joué avec les instruments essentiels du psychédélisme (guitares, batteries, synthés, voix) et, comme outil secondaire, la spiral si loquace de la couverture de ‘Swim’, le dernier opus de Caribou, projeté à l’arrière-plan et aussi hypnotique que les motifs hallucinogènes de ‘Kaili’ ou ‘Labilela’. Tous les grands morceaux de ‘Swim’ y sont passés, d’ailleurs, et toujours aussi fulgurants, éclatants, au bord de l’épiphanie. La basse était omniprésente e profonde, la batterie impétueuse et la voix délicate de Snaith ponctuait et rythmait les tubes qui se succédaient sans merci pour le repos des corps.

La fin a été magistrale, espèce de glorification solaire psalmodiée pendant des longues minutes, une louange à un soleil déjà disparu sur le firmament bruxellois depuis des heures, des jours, des mois, comme si cette danse, ce rituel, ce sacre anticipé du printemps pouvait le ramener à nouveau, ce soleil, ce « Sun » répété tant de dizaines de fois depuis la bouche épuisée de Dan Snaith.

Puis Beach House arrivent sur une scène transformée. Victoria Legrand au centre, assise en tant que aumônier de cette grande oraison collective qui allait prendre l’heure et demie suivante. A ces côtés, Alex Scally et encore deux ou trois autres musiciens qui soutenaient, à coups de guitares et synthés, sa voix caverneuse. Derrière, trois constructions énigmatiques, des pyramides hautes d’un mètre et demi ou un peu plus, comme des œuvres minimalistes, idéales, mystiques. La lumière se résumait presque à un filet, quasi éteinte et sans révéler le visage presque aussi beau que sa voix, dit-on, de mademoiselle Legrand.

Presque tout ‘ Teen Dream’ a été joué, ainsi que des pièces des deux autres LP lancés par le duo de Baltimore. Parfois, parmi les strates vaporeuses de sons synthétisés, un véritable tapis d’étoiles surgit, des dizaines de points de lumière qui scintillaient autant que les centaines d’yeux fixés sur eux. Ce sont des sons qui nous caressent dans le sens des poils et de tout l’organisme, certes. La voix, grave et légèrement éraillé, est la seule texture rugueuse dans l’univers féerique de Beach House, et il n’y a pas la place pour le risque ou pour l’improvisation. Tout semble solide comme de la pierre, cohérent, maitrisé, et heureusement. Ainsi, nous nous y baladons en leur faisant confiance, au rythme langoureux de ‘Silver Soul’, ‘Norway’ ou ‘Better Times’, où les claviers prennent toute leur puissance. Le son sort si limpide du système sonore de l’Ancienne Belgique que le rêve évoqué par Beach House semble palpable, près de nous. Tout, tout près.

Aussi sur (quoique modifié) sur http://www.musiczine.net/fr/festivals/festival/autumn-falls-2010-samedi-27-novembre/

(photo: Caribou live at Lowlands 2010 par Nick Helderman via 3VOOR12)