June 10, 2014 - No Comments!

Locus amoenus (III)

Au bout de la rue Haute il se trouve un café avec une petite terrasse. A gauche on voit l’un des versants de l’Eglise de la Chapelle, là où a été enterré Pieter Bruegel le vieux, le plus grand peintre que Bruxelles ait jamais connu. A côté, puisqu’on est en Décembre, il se trouve un arbre de noël, du type dont seulement les belges ont le secret. Il s’agit d’une pyramide de bouteilles en plastique empilées, d’environ un litre chacune, vides, à laquelle vient s’ajouter une structure d’aluminium blanc cassé habillé par une constellation de minuscules lumières violettes. Le résultat est consternant, j’ai presque envie de cacher mon visage pour ne pas avoir à participer à la démonstration de honte collective que les gens éprouvent en passant par là. Bon, les gens qui ont encore un peu d’exigence. Plus à droite, un immense bâtiment de bureaux du même style que tous les autres qui ont été bâtis dans les années soixante. A sa place, Victor Horta avait construit, au tout début du mouvement de l’Art Nouveau, un chef d’œuvre appelé la Maison du Peuple, lieu de rencontre de la mouvance socialiste. Pendant la folie destructrice de la Bruxellisation des années 50 et 60, le bâtiment avait été « démonté » pour être soi-disant construit ailleurs et donner place à ce qui existe aujourd’hui. Bien sûr, ça n’a jamais été fait. Les débris de la Maison du Peuple ont été mis dans un terrain vague et la plupart des éléments a été volé ou perdu à jamais. Une petite partie des magnifiques éléments en fer forgé d’inspiration végétale a pu être récupéré et intégrer maladroitement la station de métro ‘Horta’ ; un hommage insultant qui rappelle celui du quartier du midi, où une minuscule place entourée des pires crimes urbanistiques de la capitale européenne a été baptisée avec le nom de Marcel Broothaers, funeste idée, sali pour toujours dans ce petit coin de laideur.

Published by: Nuno in Urbanisme, Bruxelles

Leave a Reply