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May 8, 2010 - 1 comment.

Bruxelles – texte d’introduction à une proposition avec Michel Reuss

Bruxelles est verte-grise-verte.

Et puis elle possède, comme toutes les villes du nord, cette condition surprenante quand nous venons des contrées méditerranéennes. Une condition infligée à tout un chacun, soyons nous d’appartenance bourgeoise ou populaire : celle d’une vie menée essentiellement dans des espaces intérieurs. Nous nous habituons, jour après jour, à voyager en ville sans vraiment y être, comme si les rues et les trottoirs n’existaient que pour nous mener d’un point a vers un point b – qui, seront, inévitablement, des pièces fermées, protégées de toute agression extérieure.

Pour moi,  grandi à Porto, la presque inéluctable trinité du métro, boulot et dodo gagne ici toute une nouvelle dimension. C’est aussi l’une des raisons qui me poussent à m’intéresser au paysage du logement de Bruxelles : en quelque part, et c’est une sensation renforcée de manière inévitable par les nouages lourdes et proches, nous sortons rarement de l’espèce de sous-marin qui est notre domicile. Oui, les bruxellois vivent entre-portes et souvent sans balcon, terrace ou d’autres bouts d’espace qui puissent tenir lieu de périscope.

La collection d’images d’appartements à louer prises sur internet par Michel Reuss peut se métamorphoser très vite en allégorie de l’existence dans une ville. En regardant ces images j’ai la même réaction vis-à-vis de cette grisaille parfois triste et illisible: si Bruxelles est une ville de laquelle on se méfie au premier abord, la collection quasi infinie de détails cocasses qui la ponctuent nous fait, à la fin de quelques mois, aimer ce martyr de projets mégalomanes et de spéculation immobilière. Ainsi, la poésie de Bruxelles respire à travers ces détails, sur les décombres de la bruxellisation.

Maintes confidences sortent de ces photos. De l’amusement, certes, et de l’étonnement, comme si une deuxième couche de lecture émanait d’appartements apparemment banals. Puis nous aménageons un parcours, une narrative, comme si un certain ordre des images pouvait mener à une formule magique et nous révéler davantage. En quelque part, c’est dans les images le plus austères qui se trouvent les secrets le mieux gardés. A la fin, ces mêmes images nous semblent hantées.

May 8, 2010 - No Comments!

Mon flyer pour NATURALIA (Part 1) à la Jozsa Gallery

 

Carte blanche à Richard Neyroud.
Avec Magali Lefebvre, Glenda León, Jonathan Loppin et Miks Mitrevics.

21 mai – 3 juillet 2010
Vernissage le jeudi 20 mai à partir de 18h

NATURALIA réunit quatre artistes qui questionnent le paysage à travers différents médiums : la photographie, l’installation et la vidéo. Naturalia désigne littéralement les « choses naturelles » et fait appel à une imagerie liée aux cabinets de curiosités. Les curiosités présentées dans cette exposition se donnent à voir comme diverses reconstitutions possibles d’un paysage mental.
Le thème du paysage dans l’art n’est pas si original. Développé particulièrement par les peintres du XIXème siècle, il est régulièrement choisi par les artistes et pour des expositions thématiques. Nous n’en avons cependant jamais fait le tour et le paysage prête toujours à la fascination et à la réflexion. Quand on évoque le paysage, on parle plus simplement de nature mais également de société, puisqu’il est précisément le produit de l’interaction entre l’homme et son environnement.

Les œuvres de cette exposition s’offrent comme autant de notes poétiques sur le thème du paysage. D’une simple image référencée, les artistes portent à réfléchir sur notre propre rapport à l’environnement. Les jeux d’échelles – miniaturisation, agrandissements – conditionnent le visiteur vers une lecture distancée du paysage. Entre esthétique industrielle, expression poétique et positionnements écologiques, NATURALIA est une histoire de jardin, un lieu de réflexion et d’échanges.

June 16, 2014 - No Comments!

Locus amoenus (V)

arrabida

Les portugais sont attirés par la mer. Prenez une carte du Portugal. Vérifiez la distribution de la population : une main invisible a poussé, au bout de ces huit siècles d’existence, les villes et les villages vers la lame qui dessine la côte. Porto a la chance de l’avoir en face. Plutôt, de côté. En face il a ce fleuve large et vert qui est né dans la Sierre d’Urbion huit-cent nonante sept kilomètres plus tôt et qui a dessiné le canyon débordant d’oliviers, d’amandiers et de vignes qui annonce Trás-Os-Montes. Douro. Do-ou-rou.

C’est à partir de lui que Porto est né.

La route qui le suit, elle, sert de mètre-ruban de l’Histoire. Nous la prenons à nouveau. Je n’ai pas encore envie de rentrer et je demande à mon père d’aller vers le centre-ville. A mi-chemin nous tournons à gauche là où le Douro s’élargit et rencontre la mer. Etonnamment il y a toujours peu de gens. Sur l’autre rive une fine langue de sable protège l’estuaire et sert, depuis des générations, de port pour les pécheurs d’Afurada et de frontière entre le bassin verdâtre et un océan déchainé, où jamais qui que ce soit ose se baigner. On dit que le plus vieux phare d’Europe se trouve là, près de la route. Il s’agite d’un petit bâtiment en granit grossièrement taillé par les mains des artisans du quinzième siècle, un bâtiment qui ne reçoit pas mais qui annonce. Quelque part, il est à Porto ce que la tour de Belém est à Lisbonne ; et bien plus juste dans la modestie que les marins éprouvaient dans leur ignorance, dans leur peur des secrets de la masse majestueuse juste en face.

Un kilomètre de plus et nous arrivons au premier pont, le plus monumental. Son arc de béton fin est ancré sur les contreforts de la ville, il est immense, le plus grand au monde au moment de sa construction, ce modernisme tardif des années soixante. Quand il fût inauguré plusieurs ingénieurs sont venus assister à son probable écroulement, et pourtant il y est resté, comme un défi, une provocation aux lois immuables de la nature. Puis la ville vieille de deux mille ans s’ouvre sur nous, une forêt de toits en tuiles orange, murs en tôle rouge, mosaïques à l’interstice des pierres, des balcons partout en filigrane forgée en fines lamelles de fer rouillé. Le mur blanc d’une église où quatre chiffres sont accrochés : 1394. Ecoutez-moi : chaque pierre a une histoire, et elle se raconte dès que nous posons notre regard dessus. Nulle couche de béton n’est là pour profaner la mémoire de nos ancêtres, nulle bruxellisation n’a pu souiller des racines si ancrées que, une fois, arrachées, toute la ville se serait écroulée.

Les rues plus anciennes sont bordées de maisons du XVIème siècle. Elles ont encore le dessin en toile d’araignée de l’urbanisme médiéval, comme des rivières qui conduisent toutes vers la source centenaire, la place qui fait face au fleuve. Une fois de plus c’est l’équivalent rudimentaire et populaire de l’imposante Praça du Comércio de Lisbonne, le lieu où toute forme de pouvoir portugais converge. A quelques mètres, vers l’est, il y a des arcades sombres et basses, très sales, qui conduisent vers d’autres places plus réduites, plus secrètes. C’est un lieu de commencement. Ici a démarré l’histoire d’une ville et de ses habitants.

Nous garons la voiture dans un parking un peu plus haut. De toute manière maintenant nous n’avons pas d’autre solution, il faut monter avec la ville. Les bâtiments deviennent plus récents jusqu’à s’ouvrir sur une place du dix-neuvième siècle. Les portuenses sont fiers de cette énorme esplanade aux allures parisiennes, mais en vérité il s’agit d’une copie laide de la grandiloquence haussmannienne ou madrilène. Avant d’y arriver nous passons devant la gare du centre historique. C’est, de par sa modestie, ma gare préférée : il s’agit d’un bâtiment avec un plafond en fer forgé qui laisse entrevoir les morceaux sectionnés des maisons au-dessus du puits de granit maladroitement creusé où elle est installée. L’antichambre comporte vingt-deux mille mosaïques composées par José Colaço en 1906 avec des scènes bucoliques de la vie de l’arrière-pays. Avant il y avait un couvent, comme il y avait aussi un couvent à la place de l’édifice Berlaimont à Bruxelles. Ce sont toujours les premières sacrifiées, ces pauvres soeurs.

Il est midi et nous rentrons à la maison. Mon père habite dans une banlieue calme, faite de coopératives immobilières presque toutes bâties pendant ces vingt dernières années. Ce sont des immeubles décents, propres, effacés, souvent en brique jaunâtre ou recouverte d’une peinture épaisse vaguement grise et avec des gros balcons où il n’a personne.

Son immeuble est le plus haut de la rue, et en plus il habite le dernier étage. Ça veut dire que du fauteuil de son salon on arrive à voir la mer, qui n’est d’aussi loin qu’une couche floue entre l’horizon et les maisons de pêcheurs et des ouvriers du port. A Porto il est rare de trouver les appartements raffinés de la bourgeoisie bruxelloise : je n’ai pas vu souvent des plafonds rehaussés avec des moulures ni de cheminées de marbre ornementées comme à la pire période du rococo italien. Par contre, ce qu’on voit de cette porte-fenêtre est tellement riche que Seurat y aurait été peindre avec enthousiasme. Surtout quand un ciel dégagé nous offre la netteté généreuse du paysage lointain et du dessin de la douzaine de cheminées rouges et blanches de la raffinerie qui apparaîtra un jour comme un souvenir anachronique et qui disparaîtra pour, avec un peu de chance et un peu moins de corruption, donner lieu à un centre d’art, une place publique ou un aquarium.

La cuisine a une petite table où mon père laisse les affaires du petit-déjeuner. Il achète deux ou trois gâteaux pour compléter le menu et on ne se gêne pas pour les manger juste avant le repas. Un peu après, nous achevons les restes de la soupe et du riz d’hier, complétés par des croquettes panées, et mon père part travailler au bureau.

Quand je quitte l’appartement c’est pour aller voir le musée d’art contemporain. Ce n’est pas très loin en voiture. Il se situe dans un quartier résidentiel très chic de Porto, entre le centre et la côte. Dans une ville aussi peu dense chic veut souvent dire une maison avec jardin et deux, trois, quatre façades, avec le même charme désuet de la construction des années vingt et trente qui a échappé belle au cauchemar rationaliste. J’en ai connu quelques-unes, de ces villas de l’élite de Porto. La peinture des murs –grise, bordeaux, bleue - s’écaille comme dans les immeubles oubliés des rues adjacentes à la Piazza Navona romaine. Les fenêtres sont dotées d’un rebord de trois ou quatre centimètres en béton peint. Le fer forgé des fenêtres est épais mais élégant. Rarement les briques sont laissés visibles. Le style est un pastiche anonyme, mais ce n’est pas grave. Les haies montent sur les murs. L’une des maisons a, devant l’entrée du garage, un petit parterre d’une quinzaine de mètres carrés où on cultive, en hauteur, des fruits de la passion. Une fois nous avons organisé une opération commando pour les voler. Vélos, sacs plastiques, hop. En quinze minutes nous avions volé presque tout, sacs plastiques pleins, poches pleines, paniers des vélos. Evidemment, ce n’a pas été le plus intéressant. Le lendemain matin, une journée de dimanche, nous sommes passés devant la maison, soustraite désormais de son principal atout, et on sonne. La femme ouvre la porte, je ne sais plus quel âge elle avait, pas toute jeune en tous cas. D’un ton de voix aimable quelqu’un parmi nous demande s’ils ont toujours des fruits de la passion, nous adorons ça, c’est la saison, ils doivent être délicieux. La réponse sonne triste, tel quel nous l’avions espérée. Tout avait disparu mystérieusement. A douze ans nous avions déjà la maîtrise de deux arts majeurs : celui du larcin et celui du cynisme.

Je connaissais ces villas car j’habitais en lisière du deuxième quartier résidentiel chic de Porto. Ma rue était plus modeste, avec ses immeubles de trois ou quatre étages conçus pour la classe moyenne-haute, avec balcon, jardinet avant et garages à l’arrière, auxquels les voitures accédaient par un tunnel de vingt mètres de long. Celui de mon immeuble était juste au-dessous de chez nous. C’était devenu l’un de nos lieux de prédilection pour jouer au football, mais cela dit nous avons toujours eu le choix. Les murs était tapissés de taches d’humidité et de messages écrits au crayon ou gravés avec une clef. C’est dingue ce que cette rue était habitée, je le vois maintenant. Chaque message faisait partie d’un réseau incroyable dense de mythes et légendes à la micro-échelle d’un bout de trottoir. C’est ainsi que j’étais inscrit, moi aussi, dans un ensemble de générations de gamins qui ont pu réinventer l’espace que nous avions à notre disposition, exactement comme si nous étions à la campagne. Il nous appartenait intégralement : les murs, les toits des garages, les petits jardins, les arbres avec des branches suffisamment épaisses pour que nous puissions monter dessus. L’intérieur du quartier permettait une connexion rapide entre les toits, arrières-jardins et quelques friches. C’était un labyrinthe, où il avait que nous et les chats qui avions accès.

Au bout il y avait un plateau en béton qui servait de toit au supermarché et, en cas d’urgence, d’accès au bâtiment monotone qui hébergeait le ministère du travail, où mon père a travaillé pendant plus de trente ans.

Quand je quitte l’appartement c’est pour aller voir le musée d’art contemporain. Ce n’est pas très loin en voiture, et on se gare facilement. Serralves est l’un des seuls lieux de Porto qu’on puisse classifier dans l’air du temps. Il y en a, en Europe, deux types de centre d’art : ceux qui sont recyclés à partir d’un bâtiment industriel désaffecté et auquel on donne parfois un nom très cru et très troisième degré (« Les Abattoirs » de Toulouse, « La Friche » de Marseille) et ceux qui sont censés investir un lieu tout neuf qui se veut spectaculaire et source efficace de tourisme. Idéalement il faut créer une carte postale iconique qui fonctionnerait comme un aimant pour le nouveau public des city-breaks de trois jours (le Guggenheim de Bilbao, le Maxxxi à Rome). Siza Vieira est peut-être trop discret et sa création trop juste pour que la polémique et la provocation nécessaires au succès de ces campagnes de marketing urbain aient lieu. C’est un bâtiment complétement blanc qui occupait l’ancien potager de la propriété qui fût un jour celle du marquis de Serralves, un type absolument inconnu mais qui a eu assez de fric pour faire venir un architecte de France pour ériger un énorme palace Art Déco et des jardins à la française et à l’anglaise dans une surface qui correspondrait, quand même, à la moitié du Domaine Royal de Laeken (mais beaucoup plus beau). Le centre d’art a réussi à ne pas perturber tout ça : la rosière continue là, inchangeable. Plus loin on peut entrer dans la cathédrale forgée par les platanes de l’allée latérale. Un étang fait heureux office de lieu romantique et pittoresque. Il y a encore la place pour un pré avec des chevaux et une chèvre. En général, et surtout depuis que Vincent Todoli est parti à la tête de la Tate Modern, les expositions proposées tournent autour des années quatre-vingt et d’un certain art conceptuel déjà dépassé par l’annonce du post-modernisme.

Entre le bâtiment Art Déco et le centre d’art existent plusieurs chemins qui se faufilent parmi les grands arbres du parc. L’un d’eux s’ouvre sourdement sur un petit labyrinthe d’arbustes ponctué de roses et immergé dans un soleil aride, qui montre tout.

 

January 17, 2010 - No Comments!

Manoel de Oliveira

Fizeram-me uma surpresa e levaram-me a uma conferência improvisada do Manoel de Oliveira na sala minúscula da Orfeu, onde não mais de vinte pessoas passaram meia-hora de pé a observar um corpo de cento e dois anos falar do espelho da vida, do Quarto da Vanda e do Pedro Costa, de trabalhar até morrer. Nada que ninguém não soubesse, quando se acompanha a vida do cineasta.

Mas é uma curiosidade quase perversa, e a mesma dos voyeurs, a de ver ao vivo um homem que se agarra à sua cana e ao cinema para não cair, a mesma curiosidade comovente que nos impele a assistir de longe a um milagre.

January 13, 2010 - No Comments!

Contradição lógica

Oferecer-me uma refeição e um cinema.

Comprar o bilhete para o último filme do Alain Cavalier, no Arenberg, e dirigir-se em direcção ao Quick.

Gostar tanto de um como de outro.

À saída cruzei-me com um par de portugueses a fumar e a falar da inscrição no PSD.